Images aléatoires

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VERITES ABSURDES

  Quelques petites phrases simplissimes et de la plus haute importance que chacun devra cogiter afin de ne serait-ce que survivre avec panache et dignité dans notre monde complexe... Je vous souhaite bonne lecture... 

  

QUELQUE CHOSE A PARTIR DE RIEN

Il est impossible d'écrire quelque chose lorsqu'on ne ressent rien, comme il est impossible de décrire quelque chose qu'on ne connaît pas, surtout si ce quelque chose n'existe pas … Pour qu'il y ait description de quelque chose, il faut avoir une idée de ce que peut être ce quelque chose. On peut imaginer ce que quelque chose veut dire, en partant du fait que ce ne peut être que le contraire de rien. Pourtant, ne rien percevoir, c'est déjà ressentir quelque chose, puisque c'est s'apercevoir qu'on ne ressent rien. En d'autres termes, il est impossible de ne pas s'apercevoir qu'on ne ressent rien car, au moment où l'on s'en aperçoit, il est déjà trop tard pour affirmer qu'on ne s'en est pas aperçu. Par conséquent, la non perception équivaut à un état critique et paradoxal qui trahit en fait la perception de cette non perception ! Il y aurait donc toujours quelque chose dans le vide de la conscience, quelque chose enfermée dans le vide et qui chercherait à s'en échapper. Et même si, dans ce vide, il n'y avait rien, ce serait encore quelque chose, car on ne peut s'apercevoir qu'on ne ressent rien qu'en faisant la comparaison avec quelque chose.

En effet, si rien d'autre n'existait que rien, on ne pourrait jamais savoir si le rien est quelque chose ou n'est rien, ou si le quelque chose n'est rien ou quelque chose. Pour savoir que rien n'est réellement rien, il faut donc connaître quelque chose ou, du moins, autre chose que rien. Or, tout être d'expérience étant sensé avoir déjà connaissance de quelque chose, il est impossible qu'il ne puisse s'apercevoir qu'il ne ressent rien d'autre que rien. Il se trouve alors dans l'obligation de plonger dans les méandres de son vide mental afin de refaire surface ailleurs, au-dessus de son propre rien.

S'il s'aperçoit enfin qu'il ne s'est pas noyé dans cette substance, c'est que ce vide ne contenait vraiment rien et qu'il peut continuer à s'y baigner et à faire quelque chose à partir de rien.

CHRISTIAN BOURRIER

>L'absurdité ne ressemble à l'absurde que dans la mesure où rien ne l'est plus … il n'existe rien de plus absurde que l'absence d'absurdité …

>La seule chose qui ne soit pas difficile de réussir, c'est ce qui risque de ne pas rater.

>Depuis tout temps, nous avons dit beaucoup de mal de ce qui n'est pas bien mais avons-nous seulement dit beaucoup de bien de ce qui est dejà pas si mal ?

>On dit souvent par habitude que la vérité sort de la bouche des enfants mais il ne faut pas croire que les enfants disent la vérité parce qu'ils sont bien élevés ou parce qu'ils n'ont pas d'imagination. C'est plutôt parce qu'ils ne savent pas mentir car s'ils savaient mentir, croyez-moi, ils ne s'en priveraient pas !

>Comment pourrions-nous affirmer qu'il nous manque l'essentiel alors qu'il se trouve justement dans le fait d'affirmer qu'il nous manque. En quoi l'existence contiendrait-elle le moindre soupçon d'intérêts si nous n'avions à subir le lourd handicap de notre incapacité permanente à ne pas comprendre ce que nous ne savons pas.

>Les choses que nous voulons écrire ne sont pas toujours les mêmes que celles que nous aurions écrites si nous avions voulu écrire celles que nous n'avons pas écrites.

>Il est difficile d'imaginer ce qui est inimaginable mais encore plus difficile de ne pas imaginer le contraire, en imaginant néanmoins qu'on pourrait le faire [Faim de citation].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOUVELLES

Dimanche 6 août 2006

  NOUVELLE

S'il nous arrive d'avoir des trous de mémoire, il existe aussi une autre forme de blocage interférant non pas sur un souvenir vécu mais sur un futur proche encore inconnu. Chaque fois que nous sommes dans l'incapacité d'exprimer quelque chose de neuf et d'original, c'est que nous en sommes victimes. Il s'agit de ce qu'on pourrait nommer un trou d'imagination.

            Evidemment, l'imagination s'appuie sur la mémoire puisqu'elle gratte en quelque sorte les souvenirs, les transforme, les pétrit, les sophistique et en fait une parodie.

            Essayons maintenant d'aller un peu plus loin dans les structures abstraites de notre conscience et allons faire un tour jusqu'à l'embouchure de ce trou imaginaire que j'ai nommé le trou d'imagination...

            Le chemin à parcourir pour arriver jusque là est loin d'être rectiligne! Nous n'évoluons pas dans une géométrie euclidienne car l'absolutisme de sa théorie ne serait adéquate que si nous naviguions dans une conscience " tranquille ".

            Or il se trouve que celle que nous explorons, étant particulièrement exacerbée, ne nous permet qu'une progression difficile, semblable à celle d'un condor  qui tenterait de planer à travers l'épaisseur de la jungle équatoriale, en cherchant la clairière.

            La faune et la flore  extrêmement diversifiée de cette jungle représenteraient  autant  d'idées  banales et scabreuses aussitôt rejetées par le cerveau central, autant de mauvais jeux d'esprit, de tournures soi-disant lumineuses mais déjà vues quelque part, de mots, de symboles et de thèmes déjà exploités par d'autres que soi-même.

            Après s'être débattu durant des heures à l'intérieur de ce labyrinthe sauvage, on finirait peut-être, comme ce condor, par déboucher sur une zone un peu plus clairsemée où l'esprit pourrait battre des ailes en toute liberté. Puis l'on s'apercevrait que cette liberté ne résout pas pour autant notre souci de recherche conceptuelle puisque cette stérilité localisée ne fait qu'empêcher toute forme de stimulation extérieure. Nous nous trouvons alors dans l'un de ces fameux trous d'imagination.

            A ce point de notre  travail spirituel , si j'ose dire, il  nous  faut, soit remonter en surface, au dessus de la zone de  mémoire usée  symbolisée par la jungle, soit descendre dans les profondeurs de ce trou pour tenter de combattre le risque d'être poursuivi par une horde d'idées imbéciles sortant des tréfonds de cette jungle " mémorielle ".

            Au centre de cette clairière cernée de tous côtés par une mauvaise graine parvenue au stade ultime de son développement, je sens monter en moi un terrible sentiment d'étouffement. J'ai envie, comme ce condor sans cervelle, de me laisser porter doucement par les vents, dans cet éther saturé de rayonnement cosmique, en rêvant d'un roman bien graissé à l' huile de coco. Mais la nature ne m'ayant pas accordé le pouvoir de voler, je ne fais aucune tentative dans cette voie hasardeuse. Mon trou d'imagination m'agace tant il dure longtemps; je me sens perdu et désespéré.

            De vagues souvenirs inconsistants me harcèlent, me narguent et me rient au nez. Je n'en peux plus de ces ricanements grotesques! Je crois entendre, émanant des  entrelacs  impénétrables, des  cris  de primates arriérés et têtus, ivres de liqueurs insipides.

            " Chercheraient-ils à embrouiller le fond de ma  pensée? "

            Tout ce remue-ménage m'asticote fortement l'encéphale mais je tiens bon. J'essaie de ne pas craquer et je réfléchis posément. Je fais rapidement le tour de la situation.

            Situation pour le moins cocasse : Je suis seul avec moi-même en terrain dégagé, au centre de l'effervescence de l'enfer vert. C'est alors que me vient l'idée (enfin une idée) d'inspecter le fond de ce trou. Quelle idée  d' avoir un trou d'imagination!                                           

            Enfin... Cette fois, allons-y ! l'hésitation n'est plus possible! Je me suis assez posé de questions,  je me suis assez torturé l'esprit pour n'arriver à rien d'autre que des pseudo vocalises verbales ennuyeuses!

            Je m'avance de quelques pas dans sa direction et constate qu'il se trouve exactement au centre de la clairière des idées reçues. Ce trou n'est pas seulement un symbole. Il existe bien et me semble même d'une profondeur extraordinaire. Je n'en vois pas le fond!

             " Bonjour à celui qui tombe là-dedans ", me dis-je en mimant le salut militaire...

            Bien que ceci ne me paraisse pas très normal, je tente malgré tout la descente de ce puits invraisemblable. Pour en favoriser l'exploration, il s'y trouve un magnifique escalier de pierre éclairé  par des torches éternelles et dont la rampe ne  peut être polie que par l'usure. Constatation tendant à prouver que je ne serais pas le seul  à  avoir atteint cette zone critique et irréversible, le seuil ultime d'une  consécration de l'esprit qui ouvre la voie vers la lumière jaunâtre et diffuse d'un mystérieux donjon orienté la tête en bas.

            Ma progression s'exerce maintenant dans un silence ténébreux et opaque. Il me semble avoir les tympans bouchés par le milieu ambiant. C'est un  peu  comme si je m'enfonçais au dessous du niveau de la  mer, comme  si j'étais devenu une sorte d' ammonite se  repliant sur elle-même  pour  entrer dans sa coquille afin d'être oubliée du reste du monde, comme si je voulais faire le vide autour de moi afin d'entrer en transe méditative.

            Je m'accroche à la rampe pour ne pas glisser sur les marches de pierre qui résonnent sous mes pas et je m'enfonce encore à l'intérieur de cette spirale inter minable.

            J'ai bel et bien un trou d'imagination! Et il ne s'agit pas, à priori, d'un simple petit trou duquel on peut facilement sortir pour retomber dans un autre. Celui-ci agit sur moi comme un aimant. Je me sens irrésistiblement attiré vers le fond et je ne peux rien faire pour lutter!

            Mon esprit divague...je suis pris d'un vertige incontrôlable qui me fait sombrer dans un néant d'inspiration métaphysique... J'ai la sensation étrange que la gravitation s'accentue, m'entraînant dans un cône d'antimatière immatérielle, dans une autre dimension de l'esprit, dans le trou noir du temps et de l'espace.

            Je me vois arraché, impuissant, à la lumière ambrée du crépuscule et bientôt, je ne perçois plus ni les bruits ni les parfums poivrés émanant de l'extérieur.

            Je suis comme prisonnier de mon enveloppe charnelle  au travers de laquelle rien  ne  peut  plus passer et je me retrouve encore seul avec ma conscience...

            Je sens monter  en  moi quelque relent d'inspiration apparaissant furtivement sous la forme de spectres impalpables et s'estompant progressivement... Seraient-ce là des éclairs de génie refoulés par une partie tabou  de mon subconscient?

            Mais je n'ai guère le temps d'analyser la question car déjà, les spectres phosphorescents s'agitent dans l'obscurité de l'escalier, se dédoublent et se multiplient comme une myriade de feux follets, puis se dispersent et se dissipent et enfin disparaissent.

            Une idée qui aurait pu être bonne s'est enfuie à jamais... Ma mémoire n'a rien enregistré de cette scène où circulaient tant d'aberrations délirantes et de délires aberrants dont mon cervelet a soif.

            Je suis si épuisé que je me trouve dans un état de demi-sommeil dans lequel le rêve conscient intervient, portant secours à la stérilité déprimante de mon imagination rabougrie. Faudra t-il attendre l'instant propice où la fantaisie ira puiser dans la source frétillante des idées enfouies dans les abîmes des cellules immatérielles du rêve?  Le rêve n'est-il pas une succession de flashes et  d' impulsions  lumineuses qui se chevauchent de manière à former une projection visible à l'intérieur de soi-même? Si l'on parvenait à déchirer le voile épais de la réalité et se livrer à une sorte d'accouplement cérébral avec nos phantasmes, nous pour rions alors affirmer que la concrétisation d'un concept ressemble moins à un bourgeonnement de la conscience qu'au reflet même du rêve.  

            Nous nous consacrons à une curieuse variante de  pêche à la traîne. L' hameçon  de  notre conscience racle l'océan du rêve afin d'amener en surface les fraîches idées simulées par un banc de thons. Mais si l'on ne remonte que de vieux souliers ou des boites de sardines vides, mieux vaut rejeter le tout et repartir sur des bases nouvelles...

            Dans l'escalier, les flambeaux éternels dansent la gigue, me caressant parfois le visage, des ombres fantomatiques se dessinent sur les parois de pierre et je descends toujours dans les dédales  insensés de ce gouffre, dans les entrailles démesurées de mes  souvenirs greffés dans une partie cachée de mon subconscient et faisant figure de parasites. Cette colonie de polypes incrustée dans les vides de mon encéphale étouffe ma lucidité et dérange ma concentration.

            Cette chute interminable dans le néant me donne le vertige... je sombre littéralement dans mon trou d'imagination!

            Je dévale les degrés comme si j'étais pris dans un tourbillon... ma vitesse s'accentue de seconde en seconde... cela semble durer une éternité... je tombe à pré sent depuis des heures... je sens venir la fin, l'issue fatale, l'arrêt brutal et instantané!

            La réception est très désagréable. Mon esprit est couvert d'ecchymoses! Lorsqu'après un long moment, je me relève douloureusement, je m'aperçois que je suis au bas de l'escalier et qu'un personnage en uniforme est planté devant moi! Le visage impassible, il s'adresse à moi d'une voix grave et monocorde, sans remuer les lèvres. Ou plutôt, son esprit s'adresse au mien et je dois dire que ce télépathe m'épata lorsqu'il me dit sans hâte:

             " Monsieur, vous êtes ici dans les coulisses du théâtre de la pensée vivante, multiplié par le reflet du temps au carré..."

            Et je retiens un, aurais-je pu répondre...  mais le bougre n'avait pas l'air de plaisanter et il me demanda sèchement:

             " Avez-vous  un  laissez-passer? "

            Evidemment, après une brève hésitation correspondant à la distance parcourue par l'onde sonore jusqu'au nerf auditif renvoyant l'impulsion au cerveau qui analyse l'information avant de mettre en action les cordes vocales, le tout divisé par la vitesse moyenne de l'ensemble, je ne peux que répondre non!

            Aussitôt, l'esprit alerte de mon interlocuteur s'empresse de m'avertir qu'il est absolument interdit de parler ici-bas et que, n'ayant  rien  à  y faire, je me trouve dans l'obligation de remonter l'escalier sans formuler la moindre objection.

            A ce moment, ma substance corporelle ne fait qu'un tour et administre un taquet magistral au principe vital qui se dresse face à moi! Celui-ci diminue de volume en devenant peu à peu transparent et s'évanouit  en exhalant un nuage de poudre fluorescente retombant en poussière de lumière...

            Dédaignant la pitoyable beauté du spectacle, mon entité songeuse disparaît dans les pénombres feutrées qui semblent m'acheminer vers les premières lueurs de la quintessence. Je n'en crois pas ma raison lorsque je découvre, au-delà de ma vision interne bloquée, une profondeur de champ incommensurable s'ouvrant sur un orage éclatant d'inspirations nouvelles jaillissant en gerbes arborescentes sous le dôme fuligineux de ma pensée.

            Sur la terre ferme de mon acide cervical, se présente une infinité d'alvéoles dans lesquelles sont couvées une kyrielle  d'idées  aussi subtiles que fantaisistes!             Il ne me reste plus qu'à cueillir celle qui sera l'élue de ma pensée et à me fondre en  elle parmi cette infusion bouillonnante! Mon  esprit surchauffé s'étire vers un orgasme cérébral particulièrement coquet...             Ma condition mentale atteint un tel degré de galante rie que je parviens à repousser l'instant du paroxysme par le simple déclic de ma volonté... L'idée frémissante qui me tient lieu de partenaire d'un jour friserait  l'impertinence si elle rendait la liberté à mon imagination hors d' haleine... Mais  ce  qui ressemble  à  une courbe extatique ascendante n'est autre, dans le milieu où nous nous trouvons, qu'un cycle répété à l'infini où le temps tourne à contre-courant...

            C'est alors qu'après cette défloration émotionnelle, nous glissons sur le toboggan de l'ivresse avant de plonger dans l'abîme sans fond d'une volupté hermétique renfermant un espace  chargé de petites ébauches transparentes de forme ovulaire. La température ambiante est telle que les corpuscules de ma pensée s'agitent à présent de manière frénétique pour aller faire un brin de cour aux chimères en hibernation avant de leur défoncer la membrane sans autre forme de procédure.             L'une de ces fertiles émanations d'idées est alors fécondée dans un demi-consentement  par les preux chevaliers de ma conscience, puis un embryon d'originalité commence enfin à se développer parmi les têtes chercheuses de mon imagination.

             " Tu fumes après l'amour? aurais-je pu demander à ma libidineuse compagne, si  celle-ci ne s'était déjà roulé un mystérieux cône mou et informe, tenu avec délice entre ses doigts en forme de suppositoire. Je me détourne du regard concupiscent de cette effluence saugrenue et me concentre avec ferme conviction sur celle qui se compose et mijote au fond de ma marmite. je la sens grandir en moi, je la sens s'échafauder, s'organiser, s'élaborer, mûrir en s'harmonisant  peu à peu autour du noyau primordial.

            Tout se combine de manière que la  chose  en incubation croisse jusqu'à dépasser les limites de la réflexion et à s'en échapper, à jaillir comme si elle avait  été trop longtemps retenue...

            Nous assistons alors au douloureux accouchement de cette idée engluée dans les structures d'un esprit enfin délivré, soulagé après tant d'efforts. L'idée est là, devant nous, fraîche comme un bouton de rose, pure comme une rosée d'avril, étincelante comme un croissant de lune à travers le ciel des Andes. Il ne nous reste plus qu'à la cueillir avec délicatesse entre nos doigts tremblants, en admettant que notre cerveau exténué puisse effectuer ce genre de prouesse.

            Si l'on continuait maintenant de voyager parmi le dédale électronique et chimique de nos cellules pensantes, nous n'y verrions qu'un vide infini et glacé, comparable à celui du cosmos avant la genèse, jusqu'à ce qu'une nouvelle jonction des sources stimulatrices aboutisse à un bouillon énergétique et fertile, à une fermentation spirituelle qui serait le point de départ d'une idée inédite, l'épicentre d'une projection substantielle qui finirait par devenir une multitude d'étincelles d'idées retombant en pluie dans notre univers intérieur, l'univers de notre imagination. CHRISTIAN BOURRIER

Par kristian
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Mardi 8 août 2006

 NOUVELLE

                                                                                                                                                                                                                                                                        

                                                                                                         

           Chaque matin, Monsieur Durant se rendait à son bureau. A grandes enjambées, il longeait d'abord la voie ferrée jusqu'au jardin public, atteignait le quartier résidentiel qui le conduisait à un très long et très haut mur de pierres,  si haut qu' il était impossible de voir ce qui se cachait de l'autre côté. Il prenait alors à gauche au bout de la rue et retrouvait enfin la porte d'entrée de son cabinet d'expertise-comptable.

             Après une bonne et saine journée de travail, il attendait dix-neuf heures précises pour retourner à son domicile en empruntant exactement le même itinéraire. Depuis vingt-sept ans que durait son labeur, il ne s'était posé la moindre question. Que lui convienne ou non ce métier, il se devait de l'exercer jusqu'au jour de sa retraite. Et puisque ce chemin restait le plus court pour s' y rendre. Pourquoi changer?

            Ce soir là, l'heure de la fin de journée ayant sonné, il quitta  son cabinet d' une démarche régulière et soutenue, un léger sourire lui fendant le visage...

            Nous étions vendredi. Un paisible week-end l'attendait. Il savait déjà qu' il allait tondre la pelouse, tailler ses arbustes et arroser ses fleurs; il allait  aussi concocter de bons petits plats dont il détenait, pensait-il, le secret: Saucisses aux lentilles vertes, gratin de carottes et pommes de terre mais surtout, côte de porc aux câpres et tarte à la crème d'anchois!

            A l'idée de se réjouir ainsi, une  humeur légèrement guillerette l' envahit. Il eut soudain envie, en regardant le mur que chaque jour il longeait, de  s'extraire de  sa routine. C'était une très belle construction de pierres brutes, jointes par du ciment maigre. Rugueuses et poreuses, elles semblaient avoir une histoire, une très longue histoire...

            Mais un détail l' intriguait par dessus tout, c'est qu' elles semblaient provenir de la même carrière que celles de sa maison!

            IL s'arrêta alors au pied de la muraille et la considéra longuement, du haut en bas et de bas en haut et  recommença ainsi un certain nombre de fois. C'était la première fois qu'il la regardait de si près et il comptait bien en retirer quelque crédit, avantage ou intérêt particulier...

            Le souvenir d'un moment consacré à la simple curiosité ne convenait pas à Monsieur Charles Durant ou Charlie pour les intimes... Mais Charles n'avait pas d'intime, ou du moins n'en avait-il plus.  La seule qui le devint  fut son épouse, jamais réapparue depuis leur fâcheux divorce. Fort bouleversé de l'avoir vue partir alors qu'il venait juste d'obtenir son poste d'expert-comptable, il se promit de ne plus jamais se remettre en ménage, considérant qu'il aurait plus de temps à consacrer à lui-même et à son travail.

            Sa devise la plus profonde consistait en une seule phrase: On ne vit qu'une fois et il faut profiter de cette chance! La philosophie de Charles Durant était simple: Plus on connaît de gens, moins on se connaît soi-même!

            Mais un mur n'étant pas une personne, Le risque était faible de s'écarter de sa conduite et de son mode d'existence! Et il n'avait rien contre ce qu'il pouvait tirer de son observation... Les murs ne parlent pas, ils n'ont ni yeux ni oreilles, et il avait beau chercher dans sa conscience, il ne percevait aucune bonne raison de libérer son regard de cette accumulation de grosses pierres.

            " De si belles pierres ne peuvent avoir été posées ici sans raison ", songea t-il...

La force de sa logique était telle qu' il ne parvenait  pas à imaginer un mur, sans rien de l' autre côté. Comparable à celle d'un ordinateur, elle lui interdisait de se référer à des notions impalpables ou inconnues  qui, de ce fait, ne pouvaient plus être considérées                      comme telles. D'après lui, les notions étaient issues du long apprentissage et de l'expérience de la vie et n'avaient de valeur que sur le fil conducteur d'une probabilité  concrète.

            " Il y a quelque chose derrière ce mur, j'en suis sûr! "  se répéta-t-il avec conviction.

            Poussé par une curiosité instinctive et incontrôlable, Charles voulut s'en persuader en escaladant la muraille.

Observant rapidement à gauche et à droite pour s'assurer de sa solitude en ce lieu, il se mit à grimper, pierre par pierre, jusqu'au sommet hérissé de pointes dissuasives. Ces barres de fer rouillées ne lui servirent qu'à se hisser plus aisément, afin de plonger ses regards par dessus le mur...

            Malheureusement pour lui, il n' y avait rien! Rien qu'un immense terrain en friche, envahi par une végétation chaotique.

            " Quel jardin mal entretenu! " pensa aussitôt Monsieur Durant.

            Il regarda encore autour de lui, dans la rue, si personne ne l'observait et malgré la certitude de commettre un acte pervers, il passa de l'autre côté. Une fois à terre, rejetant sa phobie du désordre, il se risqua à travers les broussailles avec une mine dégoûtée, s'enfonça dans une forêt de ronciers grimpant sur des chênes agonisants, traversa des champs d'orties, passa sur des troncs d'arbres morts, contourna des rochers moussus, se glissa entre des lianes entrelacées, des feuillages ébouriffés, lorsque, dans la pénombre, il se heurta  contre une surface dure.

            C'était un mur! Un énorme mur constitué des mêmes pierres que le mur d'enceinte! Il était très haut et à son sommet apparaissait le bout d'une toiture. La découverte d'une maison, en ce lieu dominé par la végétation, eut pour effet d'aiguiser plus encore  la curiosité de Charles. Au fur et à mesure de sa progression, il se sentait devenir un être plus bestial qu' humain, un être livré à ses plus futiles instincts, à ses plus viles envies...

            Inaccoutumé à lutter contre de tels élans intérieurs, contre un tel flot d'indiscipline mentale, il se laissait emporter inexorablement. La décision qu' il devait prendre lui était si difficile qu'elle lui communiquait de la fièvre! Mais la spontanéité étant plus forte que la réflexion, c'est elle qui gagna la partie. Et puisqu'on ne pouvait calculer un taux de spontanéité, Charles s'engagea à lui confier le total contrôle des opérations.

Et c'est seulement alors, qu'il se mit en devoir de longer le mur qui l'empêchait de poursuivre son chemin.

            Mais l'acte de longer un mur ne pouvait être sans conséquence, surtout s'il s'agissait de celui d'une maison. D'apparence anodine, il était en fait lourd de signification! Tout d'abord, il supposait qu'on n'allait pas marcher indéfiniment sans revenir au même en droit. D'autre part, son exécution porterait un caractère de violation et la prise en flagrant délit pouvait conduire à des poursuites judiciaires!

            Estimant la maison inhabitée, Mr Durant défia, à son grand regret, les lois qu'il aimait tant appliquer. Il faut dire que la seule évocation d'une double côte de porc aux câpres suffisait à lui redonner du courage, dès qu'il se sentait perdu...

            Il poursuivit donc l'idée de longer la paroi  et atteignit un angle. Serré entre muraille et végétation, il se faufila jusqu'au niveau du second angle et continua ainsi pour enfin revenir à son point de départ. Charles était à bout de souffle. Il s'appliqua contre la maison et regarda le ciel comme s'il venait de commettre un crime. Il avait réussi et rien ne lui était arrivé! Cet exploit personnel l'épuisa! Ses genoux se mirent à fléchir tandis que son dos glissait le long de la paroi...

            Charles était presque fier de lui!

            " J'ai fait le tour de la maison et j'ai réussi à retrouver l'endroit d'où je suis parti ", songea t-il.

            La demeure n'était pas si grande que cela mais pour un homme comme Monsieur Durant, c'était un véritable tour de force... mentale ! 

            Après s'être accordé un temps de repos, il fut tenté cette fois, d'accomplir un deuxième tour en sens inverse, tant il était grisé par son aventure. Il était fortement attiré par cette grosse bâtisse constituée des mêmes pierres que celles de sa propre maisonnette et d'ailleurs, cette comparaison avait pour effet de le rendre légèrement euphorique... Il se sentait presque chez lui, s'imaginait déjà ce qu'on pouvait en tirer, en y effectuant quelques travaux d'élagage, de débroussaillage et de jardinage, en y perçant quelques... ouvertures!

            " Mais, bon sang! La maison ne possède pas d'ouverture! Aucune fenêtre! Aucune porte! "

            Il réalisa cette évidence en un quart de seconde, se revoyant mentalement faire le tour de la maison et longer sans cesse un mur, toujours le même mur de pierres brutes. Il n'avait guère pensé à regarder vers le haut mais il était certain que le rez-de-jardin, en tout cas, ne présentait pas la moindre fenêtre...

            Pour un homme ordinaire, une telle constatation relevait de l'étrange et du surnaturel mais pour Mr Durant, il s'agissait d'un véritable défi à son sens du rationnel !

Il ne pouvait ni le concevoir ni l' accepter et ceci, pour les mêmes raisons qu'il n' aurait pas admis une entreprise sans charges sociales, un nain de jardin sans bonnet ou une côte de porc sans câpre. De tels non-sens déclenchaient en lui un sentiment de révolte, un bouillonnement, un feu interne qui le faisaient rougir des pieds à la tête. Exaspéré, fou de rage, il se mit alors à hurler...

            " Non! Ce n'est pas possible! Tout cela ne peut pas exister. Il n' y a pas de maison sans porte ni fenêtre! Non! Non!

            Charles se comportait comme un prêtre se livrant à un acte d'exorcisme. Il tentait, par la seule force de sa pensée, de rejeter l'irrationnel comme s' il s'agissait d'une créature vivante née d'une entité diabolique! Après un quart d'heure de lutte et protestation, il parvint à se calmer. Mais la demeure de pierre était toujours là, imposante et immuable.

            Le silence retomba lourdement, comme une massue!  L' attitude de Mr Durant changea. Bien que la peur le paralysait, il s'engagea, comme il se l' était promis, à refaire un tour de maison en sens inverse en  regardant de bas en haut. Au retour, sa conclusion fut brutale et  fort simple:

            " La vocation première d'une maison étant de servir d' habitat à des êtres humains, elle ne peut se passer des ouvertures permettant le transfert entre l' intérieur et l' extérieur. Par conséquent, soit cette maison n' est pas une maison, soit elle ne sert pas d' habitat à des hommes! "

            Pour l' heure, la réflexion de Mr Durant s'arrêtait là. Son cerveau cloisonné lui interdisait toute extrapolation. Il se retint méthodiquement de dériver sur des hypothèses imaginatives dépourvues d'une valeur quelque peu scientifique. Il croyait beaucoup en la science, surtout en celle des chiffres car il pensait que tout pouvait être calculé... et démontré! C'est pourquoi il se garda bien de solutionner le problème à partir d' une pensée légère et vaporeuse... Son inconscient refusait l' idée qu'une maison close fut habitée par des esprits sous prétexte que leur immatérialité autorise le passage d'un mur. Pour lui, l' esprit était contenu dans un crâne et ne pouvait jamais en sortir. Il était d' autant plus improbable qu' il puisse entrer et sortir d'une maison!

            En fait, Charles trouvait insupportable au delà de tout qu'une maison ne soit pas une maison! Cette aberration le rendait malade! Il commençait à détester cet  endroit stupide et grotesque, déroutant et inexplicable, à la fois retranché du monde, inaccessible et bouché aux regards.

            Refusant d'être venu inutilement en ce lieu, il se donna comme objectif de ne pas repartir sans en avoir percé le secret. Il se soumit donc à la terrible épreuve d'essayer de faire travailler son imagination...

            Aussi maladroit en ce domaine qu'un coléoptère essayant de traverser une paroi de verre, son esprit cherchait la lumière, se débattant avec peine, pataugeant entre un tourbillon de données chiffrées et un monde de routine délimité, organisé, fragmenté et dosé à la seconde près.

            Ses veines et ses artères se tendirent.  Ses tempes battaient. Ses paupières étaient closes...

            Au loin, le hululement d'un chat-huant se fit entendre.

            La nuit tombait...

        Charles n'en pouvait plus. Cette ébullition mentale lui absorbait peu à peu son énergie. Victime d'une extrême lassitude, il se déconcentra totalement et s'affaissa pesamment sur le sol humide, le dos appuyé au mur.

            Ses efforts avaient été vains et le mystère portait toujours une ombre noire sur les vestiges de sa conscience. Il pensa en être dépossédé, au point de percevoir un vide immense prendre place entre ses lobes pariétaux.

            La lune éclairait de ses fades rayons lumineux, la façade nord du bâtiment. Charles se trouvait tout en bas, à la racine du mur, prostré dans l'attitude d'un mendiant désespéré, en quête de lui-même...

            La seule idée qu'il retint de cette étrange méditation fut qu'un espace clos, privé de l'image et du contact avec son environnement, ne pouvait ni évoluer, ni même exister et il ne sut jamais pourquoi cette évocation le rendit si profondément morose...

            Très mal à l'aise, il se leva comme s'il cherchait  à sortir de son état. Il s'éloigna un peu de la muraille et contempla la rigidité de l'architecture, dont chaque pierre luisait sous l'astre de la nuit.

            L'énorme masse imposait le respect. Il resta un long moment immobile, face à elle, les yeux fixés dessus, comme hypnotisé. Par sa couleur et son aspect rugueux, cette propriété lui rappela la sienne... La ressemblance le frappa à tel point que, l'espace d'un instant, il crut qu'il s'agissait vraiment de la même construction,  sans porte, sans fenêtre et sans vie! Il en éprouva une sorte de vertige. Incapable de bouger, il revoyait son existence défiler devant lui,  s'imprimant sur la façade comme la projection d'un songe. A la fin de la séance, sa demeure mourait en fermant les paupières, à la manière d'un être humain, et redevenait celle qu'il avait devant les yeux...

            C'est alors que, revenant à la réalité, il fut attiré  par un détail qu'il n'avait pas encore remarqué: Tout en haut du mur, sous le toit, une dalle rectangulaire, plus lisse et plus blanche que les autres pierres, apparaissait faiblement...

            Très étonné de constater l'existence d'une pierre différente, il s'approcha... Des inscriptions étaient gravées à sa surface! Encore plus intrigué, il entreprit, au mépris de toute prudence, de se hisser sur le mur. Franchir la distance qui l'en séparait. Centimètre par centimètre, prenant toujours plus de risques, il progressait vers cette impensable découverte. Il baignait dans un état second. Ses yeux brillaient comme ceux d'un adolescent qui aurait déniché un trésor. Il dégoulinait de sueur et de bonheur,  se sentait tour à tour alchimiste, chercheur ou savant,  sa pierre était philosophale, lunaire ou universelle...

            Il s'en approchait, la voyait venir à lui, s'écorchait mains et genoux, s'accrochait aux moindres aspérités... Le marbre blanc était phosphorescent sous la lumière de la lune...

            Du bout des doigts, il parvint à en effleurer la matière lisse et glacée... Et, dans un ultime effort,  il atteignit son objectif !

            Ses muscles étaient tétanisés, ses membres meurtris tremblaient, il entendait ses pulsations cardiaques rythmer le silence de la nuit, et il resta un temps qui lui parut interminable, agrippé au dessus du vide, la face bloquée contre la paroi.

            Le souffle court, il ne disposait que de quelques secondes pour déchiffrer ce qui était inscrit, avant de redescendre. Les doigts crispés sur les anfractuosités, à la limite de lâcher prise, les dents serrées, il put lire, gravé en caractères d'imprimeries de trois centimètres de hauteur, le message suivant:

            " Charlie, je savais qu' un jour tu viendrais ici. Cette maison, c'est toi.  Oui, toi ! Tu la détestes parce qu'elle est à ton image! Je l'ai fait construire pour toi, pour que tu réalises qui tu es. Je suis enterrée à l'intérieur et si  tu meurs, toi aussi, ce sera peut-être ici-même, sous tes pieds. Si tu glisses à  présent de ton perchoir, tu ne pourras pas mieux tomber car il se trouve une fosse qui t'amènera là où je suis. Voilà  tout le secret de cette maison. Adieu et bonne chance...

   

            A la lecture de toutes ces horreurs, Charles se sentit défaillir. Il était bouleversé, décontenancé, humilié au plus profond de son être. Ses forces l'abandonnèrent, ses mains dérapèrent, sa peau s'arracha sur les rugosités.

            Incapable d' opposer plus de résistance, il se projeta  en arrière afin d'éviter l'entrée de la fosse, fit une chute de huit mètres, traversa la végétation en rebondissant de branche en branche et se retrouva étendu au sol, le nez dans les broussailles.

 

            Il se releva aussitôt, couvert d'égratignures et de contusions, et se mit à courir à folles enjambées à travers le chaos végétal, cherchant à s'éloigner au plus vite de cet endroit maudit. La peur lui donnait des ailes, il refusait de croire à cette odieuse histoire de ressemblance...

            Après vagabondage et tâtonnement, il atteignit enfin le mur d'enceinte donnant accès sur l'avenue, se précipita au sommet et sauta littéralement de l'autre côté!

            Comme d'habitude, le trottoir était désert d'un bout à l'autre. Reprenant tout à coup ses esprits, il regarda le mur une dernière fois puis se dirigea directement vers son domicile d'un pas régulier et soutenu. La tête vide, il passa devant le jardin public et le long de la voie ferrée, en regardant droit devant lui. Il ouvrit la grille de sa propriété, gravit les marches accédant au perron, dépoussiéra prestement ses vêtements et entra dignement chez lui...

            Sa femme était là, derrière la porte, à l'attendre les bras croisés! Déployant un sourire qui ressemblait à un rictus, fronçant les sourcils, elle s'adressa à lui:

             " Hé bien, Charlie, d'où viens-tu? Tu as sept minutes  de retard!

             - De nulle part, répondit-il, je me suis arrêté devant un mur et j'ai imaginé plein de choses...                                                   

             - C'est stupide! Rétorqua son épouse. Tu sais fort  bien que tu n'as jamais été capable d'imaginer quoi que ce soit ! "

            La table était déjà mise, le couvert en argent était dressé comme chaque vendredi soir, et la côte de porc se desséchait sur la poêle. Monsieur Durant s' installa en bout de table, attacha sa serviette blanche autour de son cou et attendit silencieusement que le repas fût servi...

             " Tant pis pour toi, ta côte de porc sera trop cuite! intervint bruyamment Madame Durant.

            Elle déposa l'assiette entre les couverts d'un geste sec et retourna s'asseoir dans son fauteuil, pour se goinfrer de gâteaux fourrés et de sucreries.

             - Mais... pourquoi n'y a t-il pas de câpres?  As-tu oublié que cela m'est insupportable?

             - Parce que tu n' y as pas droit ce soir, pas plus que tu n'as droit à la tarte à la crème d'anchois. Je ne t'ai pas attendu pour la finir. Tu n'avais qu'à venir plus tôt, Charlie! "

            Hors de lui, Charles se leva de table en furie, bondit à la cuisine, s' empara d' un énorme couteau à viande et revint vers sa femme.

             " Que t' arrive-t-il, mon chéri?

            Il eut un moment d' hésitation et répondit évasivement:

             - Rien... Je n' arrivais pas à couper ma côte de porc..."

            Durant le week-end, Monsieur Durant, sous les directives de sa chère et tendre épouse, s' employa à faire de son jardin un paradis sur terre, et de la cuisine, un laboratoire culinaire.

            Puis le lundi revint... Et comme chaque matin de la semaine, il partit au travail à pied, en longeant les voies ferrées, le jardin public, un quartier de la haute bourgeoisie, puis un long... un très long mur de pierre.

 

CHRISTIAN BOURRIER

 

 

 

 

 

 

 

 
Par kristian
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