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Il est impossible d'écrire quelque chose lorsqu'on ne ressent rien, comme il est impossible de décrire quelque chose qu'on ne connaît pas, surtout si ce quelque chose n'existe pas … Pour qu'il y ait description de quelque chose, il faut avoir une idée de ce que peut être ce quelque chose. On peut imaginer ce que quelque chose veut dire, en partant du fait que ce ne peut être que le contraire de rien. Pourtant, ne rien percevoir, c'est déjà ressentir quelque chose, puisque c'est s'apercevoir qu'on ne ressent rien. En d'autres termes, il est impossible de ne pas s'apercevoir qu'on ne ressent rien car, au moment où l'on s'en aperçoit, il est déjà trop tard pour affirmer qu'on ne s'en est pas aperçu. Par conséquent, la non perception équivaut à un état critique et paradoxal qui trahit en fait la perception de cette non perception ! Il y aurait donc toujours quelque chose dans le vide de la conscience, quelque chose enfermée dans le vide et qui chercherait à s'en échapper. Et même si, dans ce vide, il n'y avait rien, ce serait encore quelque chose, car on ne peut s'apercevoir qu'on ne ressent rien qu'en faisant la comparaison avec quelque chose.
En effet, si rien d'autre n'existait que rien, on ne pourrait jamais savoir si le rien est quelque chose ou n'est rien, ou si le quelque chose n'est rien ou quelque chose. Pour savoir que rien n'est réellement rien, il faut donc connaître quelque chose ou, du moins, autre chose que rien. Or, tout être d'expérience étant sensé avoir déjà connaissance de quelque chose, il est impossible qu'il ne puisse s'apercevoir qu'il ne ressent rien d'autre que rien. Il se trouve alors dans l'obligation de plonger dans les méandres de son vide mental afin de refaire surface ailleurs, au-dessus de son propre rien.
S'il s'aperçoit enfin qu'il ne s'est pas noyé dans cette substance, c'est que ce vide ne contenait vraiment rien et qu'il peut continuer à s'y baigner et à faire quelque chose à partir de rien.
CHRISTIAN BOURRIER
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